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    Lauréats 2013-2015

     phoca thumb l FrankMichielBLOMMESTIJN Frank & VAN DER WERF Michiel - Pays-bas

    Le thème central de notre travail est la place de l’art dans la société contemporaine et le rôle qu’y joue l’artiste. Nous établissons des rapports entre les phénomènes et les évolutions actuelles de la société, nous-mêmes et notre travail. Qu’attend la société de jeunes artistes comme nous ? Qu’attend-on de l’art en général ? Existe-t-il des oeuvres d’art réellement spectaculaires aujourd’hui ? Est-il acceptable de la part d’un artiste d’avouer ouvertement qu’il veut être célèbre ? En tant qu’artistes, sommes-nous esclaves des goûts populaires ou devrions-nous leur être indifférents et nous en tenir à nous propres préférences ?

    Nous créons des œuvres qui comblent le fossé entre le monde de l’art élitiste et la société de masse. Notre travail convainc néanmoins son public, il est de la plus haute qualité et il est authentique, personnel et d’une portée universelle. Cela peut sembler prétentieux mais en fait, cela revient à dire que nous assumons des concepts tels que le plagiat, le sensationnalisme, l’acccessibilité aisée et le divertissement. Nous dépouillons ces concepts de leurs connotations négatives. Pourvu que ces concepts soient utilisés dans le bon contexte, évidemment. Nous aimons les clichés car ils parlent une langue universelle. Bien que nos explorations soient sélectives et intuitives, nous croyons néanmoins que nos conclusions méritent d’être communiquées. La notion principale est que nous nous servons de nous-mêmes à la fois comme point de départ et pour tester nos idées l’un sur l’autre. Nous cherchons à créer des œuvres personnelles, vulnérables et non-moralisatrices. Nous ne supportons pas les provocations négatives et les récriminations. Nous préférons être constructifs, naïfs et ambitieux.

    Nous adorons les détails insignifiants que personne ne remarque. Nous croyons qu’ils ont une importance cruciale dans notre travail. Nous œuvres frôlent souvent le cliché. Cependant, ce qui est décisif, c’est que nous prenons nos farces super-sérieusement. Nous n’avons pas peur d’utiliser la comédie dans notre travail et nous laissons notre public se demander si ce travail est sérieux ou pas.

     

     

     

    phoca thumb l Kristian Krizstof photo by Tibbi VrnagyKRISTOF Krisztián - Hongrie

    Krisztián Kristóf construit des visions et déconstruit des récits, que ce soit avec des dessins sur béton armé, des vidéos, des animations ou des graphismes oniriques. En expérimentant sur diverses formes de narration, il crée des récits à la temporalité fondée sur la condensation, l’emphase et les mises en parallèle. Dans Roadmovie, qui rompt avec la structure linéaire propre au genre, les divers épisodes apparaissent en parallèle mais le fil narratif n’est pas rompu. Le récit se fragmente en pièces minuscules, comme si les plans de l’espace et du temps avaient fusionné, et comme si le temps fracturait l’espace. Cette forme de récit pictural pourrait être comparée à la logique de certains tableaux narratifs où différents épisodes d’un récit sont représentés dans la même image. Ici, ce sont des tranches d’espace que présentent les courtes vidéos en boucle, espace dont l’aspect quotidien intensifie et cautionne la nature surréelle des événements qui s’y déroulent.

    Afin de susciter un dialogue continu et des expérimentations improvisées, Krisztián Kristóf a formé, avec Tamás Kaszás et d’autres artistes, le groupe Randomroutines. L’une de leurs œuvres, série de vidéos produites dans le cadre d’une errance (Riddle Loop, 2010), représente un état antérieur de Roadmovie. Logique narrative onirique et fragmentée, expérimentation et temporalité éclatée sont caractéristiques des œuvres de Krisztián Kristóf et des Randomroutines. Grattées sur des éclats de verre pleins de suie, dessinées sur du béton armé de la taille d’une maison, dans une vidéo d’animation ou une installation fragile de dessins, ces expériences prennent toujours la forme d’un genre donné, renforcé par le système iconographique distinctif de l’artiste.

    Borbála Szalai

     Borbála Szalai


    phoca thumb l Adri Ciurana - CopieCIURANA GELI Adrià - Espagne

    Gadget gone wrong.

        “« Je puis nager, mais je suis trop lourd pour cet envol mystique »

        Søren Kierkegaard, Crainte et tremblement, 1843.

    L’image d’un gadget ressemblant à un rosaire détourné est un néologisme visuel issu d’une lignée de gadgets impossibles destinés à errer à jamais à travers des paysages étranges. Lignée née au XIXe siècle à cause, ou peut-être par la faute des relations épineuses entre tradition et modernité ou plutôt, entre religion et sécularisation technologique. Du Dit du gaucher bigle de Toula et de La puce d’acier de Nikolaï Leskov à l’infortuné Pinocchio de Collodi (tous deux publiés en 1881) en passant par des précurseurs illustres comme Le soldat de plomb d’Andersen en 1838, ces récits mettent en scène des gadgets qui, en portant un regard sur la réalité depuis leur aliénation – puce, marionnette ou, dans le dernier exemple, soldat de plomb –, nous invitent à modifier notre vision du monde avec cette aptitude rare à « l’envol mystique » convoitée par Kierkegaard (leur contemporain, évidemment).

    Adrià Ciurana n’est pas un artiste du XIXe siècle mais, dans une certaine mesure, il vit encore cette tension entre la sphère sacrée – sans corps – et la corporalité mécanique comme quelque chose de très réel (à la façon, disons, d’un La Mettrie). Ses « rosaires éprouvants » expriment tout cela, et aussi une forme de temporalité que nous n’aurions jamais dû perdre ; l’importance de déplacer notre point de vue au ras du sol, ce qui est précisément l’endroit où la plupart des choses se produisent (songeons à Feuerbach, encore un homme du XIXe siècle pris au piège entre le matériel et le spirituel), mais aussi le besoin de continuer à chercher de nouvelles possibilités pour un langage qui, dans sa forme ordinaire – son usage quotidien – est épuisé. Voilà de quoi il s’agit : la dynamique de l’œuvre de Ciurana rappelle celle des poètes surréalistes et dadaïstes, démiurges de l’absurde, plongeant tête la première dans le transcendental.

    Eudald Camps

     

    Le jury

    Présidé par Marc Partouche, le jury international se réunit le jour du vernissage de l'exposition JCE à Montrouge, le mercredi 16 octobre 2013.

    Les trois lauréats seront annoncés à 19h, le jour de l'inauguration de la Biennale, le 16 octobre.
    Ils bénéficieront d'une exposition à l'Académie royale des beaux-arts de Bruxelles en avril 2014
    dans le programme "off" de la foire Art Bruxelles.

    Marc Partouche
    Président du Jury et commissaire artistique du Pays invité

    Docteur en histoire de l’art et esthétique, historien et théoricien des arts et de la culture contemporaine, Marc Partouche est le Directeur de l’Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles.
    Il conduit en même temps une carrière de haut fonctionnaire et diverses activités au service de la création contemporaine: organisation d’expositions, création et diffusion de revues et de magazines, création et direction de collections d’ouvrage.
    Dans le même mouvement, il développe un travail de recherche et d’écriture dans la proximité des créateurs : publication de très nombreux articles, textes de catalogues, ouvrages d’artistes et des livres, en particulier : Marcel Duchamp. Sa vie même, (al dante éd.) ; La lignée oubliée. Bohèmes, avant-gardes et art contemporain, de 1860 à nos jours, (al dante éd.) ; Une vie de banlieue. Sur les photographies d’Alain Leloup (Hazan éd.) ; Les Déchargeurs. Manifeste de l’individualisme Solidaire (FRAC éd.) ; Mauvais oeil et peinture abstraite (Sgraffite éd.) ; Orlan (Jéricho éd.). Il est également responsable éditorial d’ouvrages, notamment : Isou. Contre l’Internationale Situationniste (H.C. éd.) ; W.Flusser. Les gestes (H.C. éd.)

    Les membres du Jury :

        Edwin Becker, Responsable des expositions au Van Gogh Museum, Amsterdam
        Jérôme Cassous, Réalisateur Arte France, Paris;
        Christine Jamart, Rédactrice en chef de la revue Art Même, Bruxelles ;
        Olivier Kaeser, Directeur Centre culturel suisse, Paris ;
        Marta Gili, Directrice du Jeu de Paume, Paris ;
        Alessandro Lupi, Artiste plasticien, Gênes/Berlin ;
        Juliana Mrvova, Artiste plasticienne et commissaire indépendante, Bratislava ;
        Philippe Régnier, Rédacteur en chef pour Le Quotidien de l’Art ;
        Alain Reinaudo, Conseiller pour les arts visuels et l’architecture, Directeur adjoint département Échanges et Coopérations artistiques, Institut français, Paris ;
        Thaddaeus Ropac, Galeriste, Salzburg/Paris,
        Yann Toma, Artiste et Professeur à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Paris/New York.

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